JOT FAU

 

Pour sa nouvelle performance « une main qui en sert une autre », Jot Fau a travaillé à partir de la forme du gilet de sauvetage, pour ce qu’il dit de l’état du monde, et de ce qu’il cristallise en tant que symbole. Se construisant un espace pour traiter des concepts tels que la survie et l’urgence, Jot Fau a conçu un vêtement de survie et en a fait l’acteur principal de son action.

 

Dans un premier temps le regardeur voit l’artiste terminer la conception d’un objet en gaze et dont l’usage reste énigmatique. Pendant ce temps une grande marmite d’eau est mise sur un feu. Quand l’artiste semble avoir terminé l’objet, elle passe sa tête à travers une ouverture et dépose l’objet sur ses épaules comme un vêtement.

 

Elle le porte ainsi jusqu’à la casserole, pour le glisser dés que l’eau boue. Après un temps de cuisson d’à peu près dix minutes, le gilet chargé de riz et de légumes est sorti de l’eau bouillante, puis déposé à nouveau sur ses épaules et son torse protégés. C’est littéralement en fumant qu’elle sort de la galerie pour faire refroidir la nourriture contenue dans le vêtement lourd et bouillant qu’elle porte. Quand le tout a refroidi, Jot Fau se mets à détruire partiellement son habit pour pouvoir accéder à la nourriture qu’il contient afin de la servir à ceux qui l’entourent, à ceux qui ont faim. C’est alors qu’à l’aide d’un petit outil, elle ouvre soigneusement, chirurgicalement, les différents compartiments de sa veste. Elle offre de petites rations de riz et de chou. Une étonnante quantité de nourriture est ainsi libérée de l’étoffe translucide et fragile.

A travers son action Jot Fau établit une relation entre son corps et celui de l’autre. Le regardeur devient partie intégrante de l’action. La création du lien par la nourriture est l’enjeu de cette action. Elle contient des questionnements sur le don, la transmission, la survie, le soin, mais également celui de la maternité.

 

L’artiste ayant été élevée avec trois frères, par sa mère dans un milieu très modeste, cette action est ainsi doublement signifiante : "Mes souvenirs les plus forts de mon enfance sont liés à la nourriture, à l’attente de celle-ci, à son partage, à l’excitation ou à la déception qu’elle engendrait, parfois à son manque. C’était le don de ma mère au quotidien."

 

Ce qui reste de cette action est un vêtement vidé, déchiré, raidi par l’amidon de riz qui est présent dans les fibres, ainsi qu’une vidéo – en plan séquence - de la performance.

UNE MAIN QUI EN SERT UNE AUTRE , 2020
Performance faite le lundi 20 janvier 2020, 18h a la galerie Emergency, invité par Florin Filleul lors du vernissage de son exposition Conservation Nation.